INTERVIEW de Philippe Paternolli

 

Bonjour Philippe

Le Chat a envie de vous connaître un peu plus ! êtes-vous prêt à affronter sa curiosité ?

 

Bonjour le Chat ! Je suis prêt.

 

1-Pouvez-vous vous présenter ? Où êtes-vous né(e) ? Où avez-vous vécu ?

Est-ce que vous pouvez me parler de votre enfance ? (Les parents, les frères et sœurs…)

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ? Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent(e) ? Quels sont les auteurs que vous aimiez ? Et maintenant ?

Et oui je veux tout savoir !

 

Je suis né en 1961 à Versailles mais j'ai grandi dans la banlieue-est de Paris, à Vaires/Marne. Puis j'ai vécu à Paris même, dans le 4ème arrondissement, à Nîmes, Blois, Mazamet, Albi (pendant 15 ans), Marseille et enfin à Aix-en-Provence. Un père ouvrier du bâtiment (comme de nombreux italiens de l'est parisien, mon père est arrivé en France très jeune dans les années 30), une mère au foyer. Pas de frère, pas de sœur. Peu de livres  à la maison (qui était un appartement HLM). Cependant, vers l'âge de 20 ans, alors que je lisais « Demande à la poussière » de John Fante, mon père m'a parlé de lui, d'Hemingway, de Dos Pasos, qu'il avait lus sans m'en parler auparavant. Enfant, je dévorais tout, à commencer par « Télé-Magazine » dès que j'ai su lire. Puis beaucoup de BD de cette époque (les magazines Pif, Tintin, Spirou puis Pilote...). Les romans, je pense avoir commencé vraiment lors de vacances d'été, avec « Vas-y Béru », un San-Antonio donc, qu'un oncle avait laissé chez mes grands-parents. Je devais avoir 10 ans pas plus, je n'ai rien compris ou presque à l'argot, aux allusions sexuelles... mais j'ai aimé – que dis-je : adoré. Et tel Obélix dans la marmite de potion magique, j'ai dévoré toute l’œuvre de San-Antonio. Comme Frédéric Dard citait d'autres romanciers lors de ses célèbres digressions, petit à petit, j'ai lu Simenon, Albert Cohen, Céline et de fil en aiguille, avec en parallèle les lectures au programme de l'éducation nationale...

Aujourd'hui, je lis moins, notamment parce que je passe beaucoup de temps à écrire et à photographier. Vite fait (il faudrait 10 pages sinon!) parmi mes auteurs favoris (outre ceux déjà cités) : Faulkner, Giono, Marcel Aymé, Philippe Djian, John Irving. Et côté polar : James Ellroy, Michael Connelly, René Belletto, Maurice Gouiran, Philip Kerr – Je me suis limité à 5, désolé pour tous ceux que j'aime et que je n'ai pas cités, à commencer par mon copain Olivier Barde-Cabuçon (que je cite quand même...)


2- En dehors de votre activité d’écrivain, est-ce que vous avez un travail en plus de celui-ci ? Quelle est votre profession ? Avez-vous eu d’autres activités professionnelles ?

Est-ce que l’emploi que vous occupez vous laisse du temps pour l’écriture ?

 

J'ai encore pour quelques années une profession (la retraite approche, enfin je l'espère...) au sein de la Direction Générale des Finances publiques. Avant cela,j'ai essentiellement fait des petits boulots dans le bâtiment, de la manutention lourde quand j'étais jeune.

J'ai commencé à écrire le soir, après le travail, et la nuit mais très vite je me suis aperçu que c'était franchement pas bon. En outre, j'avais une vie de famille que je ne voulais pas sacrifier. Je me suis donc aménagé une plage de travail sur la pause-déjeuner.


3- Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ? Écrivez-vous régulièrement ou pas vraiment ? Vous est-il déjà arrivé de rester longtemps sans écrire ? Si oui, pour quelle raison ? Trouvez-vous que vous manquez de temps pour écrire ? Où écrivez-vous ? Avez-vous un espace pour écrire ?

Dans quel état êtes-vous quand vous écrivez ?

 

 J'écris donc tous les jours de la semaine, entre 12 et 13h. Cela me convient bien. Je pense à mon roman en cours en quasi permanence, parfois de façon inconsciente, et tout ce travail de réflexion déboule dans l'encre de mon stylo à midi pile du lundi au vendredi ! Il m'arrive cependant de faire les relectures et les corrections à la maison, le soir ou dans la journée, le dimanche.

Je suis resté sans pouvoir écrire de 2004 à 2010... J'avais déjà écrit ma série Erno mais mes deux premiers éditeurs avaient dû cesser leur activité. Donc, sans doute un peu découragé, je suis resté « sec » toutes ces années. Heureusement pour moi, j'en ai profité pour diffuser mes polars en feuilletons sur des sites et c'est ainsi qu'indirectement j'ai retrouvé un éditeur, le Caïman, en 2011.  A partir de ce moment là, l'écriture m'est revenue.

Je ne pense pas manquer de temps, parce qu'au bout de 3/4h d'écriture le midi, je sens que je fatigue. Je pense avoir trouvé mon rythme. Peut-être qu'à la retraite, j'écrirai plus, plus longtemps, mais rien n'est certain.

Je peux écrire n'importe où, tout du moins ce qu'on appelle le « premier jet ». J'écris soit sur des carnets, soit sur des cahiers. Je n'ai donc pas besoin d'un espace particulier. Actuellement, je m'isole dans un petit bureau aveugle sur mon lieu de travail. J'ai écrit un roman entier dans le train, entre Aix-en-Provence et Marseille, tous les jours, à l'aller et au retour. Ce dont j'ai besoin, en fait, c'est d'un moment où je ne suis pas sollicité par le monde extérieur.

 


4- Pourriez-vous me raconter comment vous avez commencé à écrire ?

Qu’est-ce que vous avez commencé par écrire ? Quand ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Faisiez-vous lire ce que vous écriviez ? Si oui, à qui ? Quels étaient les avis que vous récoltiez ? Avez-vous été encouragé(e), découragé(e) ? Par qui ?

 

Vers l'âge de 10 ans, j'écrivais et dessinais déjà des petites BD. Je me souviens avoir commencé à écrire un roman pendant mon service militaire en Allemagne, en 1980. Puis, vers la fin des années 80, j'ai commencé à écrire des nouvelles. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien ! En 1995, j'ai écrit mon premier roman et depuis j'écris chaque jour – sauf pour la période 2004-2010, comme je l'ai expliqué plus haut. J'ai fait lire mes premiers romans à ma première épouse, qui m'a encouragé à trouver un éditeur. Ce que j'ai fait. C'était en 2000, en région toulousaine. J'ai adressé mes premiers manuscrits à différents éditeurs, dont les plus grands ! Les retours m'ont fait comprendre que ce que j'écrivais n'était pas mal mais manquait de rigueur. J'ai donc travaillé encore plus sur l'écriture, la phrase, la recherche du mot juste et alors mes romans passaient tous l'étape des premières lectures des grands éditeurs parisiens, ce qui représente un assez faible pourcentage pour des manuscrits d'auteur inconnu. En revanche, aucun de mes romans n'a recueilli l'unanimité au sein des comités de lecture. Toutefois, les réponses reçues m'ont convaincu que mes romans étaient publiables.

Aujourd'hui, je fais lire mes manuscrits à ma seconde épouse, à ma consœur auteure Annabelle Léna (avec qui je viens de terminer un polar à quatre mains) et à une amie correctrice. Ensuite, c'est l'éditeur et son comité de lecture qui apporte son avis, ses suggestions et corrections.


5- Combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où vous avez eu un manuscrit prêt et le moment où vous avez décidé de faire des démarches pour le publier ? Est-ce que quand vous l’écriviez, vous aviez déjà en tête l’idée de le publier ? Qu’est-ce qui vous a poussé à publier ? Est-ce que vous trouvez que c’est une étape importante ? Nécessaire ? Ou pas ?

 

J'ai décidé d'être publié après avoir écrit mon deuxième roman et avoir déjà l'idée d'un troisième. A quoi rimerait tout ce temps et cette énergie dépensé à écrire si c'était pour rester au fond d'un tiroir. J'écrivais des romans, des fictions, mais une autobiographie ou le récit de ma vie. L'écriture n'est pas pour moi une thérapie mais un moyen de m'exprimer – tout comme la peinture avant l'écriture ou la photographie maintenant.

Être publié était important mais pas vital. C'est pourquoi je n'ai jamais songé à l'auto-édition ou le compte d'auteur. Je voulais être publié mais en tant que « vrai » romancier, choisi, sélectionné par un « vrai » éditeur.

Si cela n'avait pas été le cas, j'aurais persévéré ou aurais admis que mes romans n'étaient pas assez bons pour être publiés.

 

6- Quand avez-vous publié votre premier livre ? Quel était le mode d’édition (éditeur et lequel, ou autoédition) ? Vous rappelez-vous votre sentiment lorsque votre premier livre a été publié ?

 

Mon premier polar a été publié en 2000 chez un petit éditeur toulousain. C'était du compte d'éditeur pur. Une fois encore, la publication à compte d'auteur ou l'auto-édition n'est pas une solution satisfaisante à mes yeux.

 

7- Qui a décidé de la présentation du livre sur les pages de couverture ?

 

Pour le premier, c'est l'éditeur qui a tout conçu. Pour le second, j'ai proposé la couverture à partir de mes recherches dans le domaine de la peinture. Depuis 2011, chez le Caïman, je propose les photos de couverture. Ce sont mes photographies qui illustrent Alpes noires et Carré noir sur fond noir, deux de mes polars, mais aussi R.I.P. de Patrick Caujolle.


8- Avez-vous participé à des concours littéraires ? Avez-vous reçu des prix ? Comment la participation se déroulait-elle ?

 

Mon premier polar a été présenté au concours du premier roman de la ville de Balma (doté d'un achat de 1000 exemplaires). Hélas, j'ai fait une « Poulidor », ne recueillant que le deuxième meilleur total de voix du jury...

Camarguestan !, paru en 2013 a reçu le prix Instant Polar à Poitiers.


9- À partir du moment où vous avez publié votre premier ouvrage, vous a-t-il été plus facile de publier ensuite ?

 

Pas pour les deux premiers, les deux éditeurs cessant leur activité. Depuis 2011, les éditions du Caïman publient les polars que je leur propose. Et ces publications me valent d'être à présent sollicité pour des participations à des recueils collectifs. J'ai eu des propositions d'autres éditeurs pour mes polars mais je me sens bien au Caïman.


 

10- Où peut-on trouver vos livres ? Vos livres se trouvent-ils en librairie et savez-vous lesquelles ? À combien d’exemplaires vos livres ont-ils été tirés ? Certains ont-ils été réédités ?

 

Mes polars se trouvent dans toutes les bonnes librairies, selon l'expression consacrée. Mais aussi chez les libraires en ligne. Le Caïman diffuse également mes polars sous format ebook. Alpes noires, format ebook, est même resté pendant plusieurs semaines dans le top 10 des ventes sur Amazon.

 

11- Pouvez-vous me parler en quelques mots de vos livres ? Est-ce qu’ils sont d’un genre particulier ? Pouvez-vous dire quelques mots du thème ou de l’histoire ? Des personnages ? Est-ce que ça se passe à une époque et dans un lieu particulier ?

Alpes noires, Camarguestan et Carré noir sur fond noir sont les trois premiers volets de ce que j'appelle la « saga Erno » dont les huit opus sont déjà écrits. On y suit l'évolution de Vincent Erno, un flic de la PJ au début de la série, qui va se fait recruter par une branche des services secrets, une sorte de cabinet noir... Pour ne pas dévoiler la fin de la série, je peux simplement dire qu'il finira par en prendre la direction lors de l'avant-dernier volet. Outre Vincent Erno, le lecteur retrouvera au gré des épisodes, son frère Frédéric, guitariste de blues ; sa sœur Catherine, éphémère star du X ; son père Antoine ; Claire, compagne de Frédéric puis de Vincent ; Magali Sauve, officier de police, maîtresse épisodique de Vincent ; François Jacquemont, autre officier de police ayant la confiance d'Erno ; et le Cube, cette branche des services secrets qu'Erno rejoindra après l'avoir affrontée.

« N'importe où mais quelque part », voilà la ligne éditoriale du Caïman. Mes polars sont donc ancrés dans des lieux précis, que je connais bien. Le massif des Bauges au-dessus de Chambéry pour Alpes noires, la Camargue pour Camarguestan et Aix-en-Provence pour Carré noir sur fond noir.

Ce sont des polars contemporains. En parallèle de l'intrigue, mon personnage est un témoin de la société. On retrouve donc dans mes romans des réflexions sur la pollution, la corruption, les médias...

12 – vous serez présent au Rencontres Littéraires « Les Polars du Chat » le 8 et 9 juillet au Creusot, Pouvez-vous me dire ce que vous attendez de ces rencontres ?

Comme pour tout salon où je me rends, l'intérêt est de discuter avec de potentiels lecteurs, de leur faire découvrir et si possible de les intéresser à mes écrits, partager avec des amateurs de polar (et de littérature, d'une manière générale), d'échanger avec d'autres auteurs... et de découvrir les trésors de la gastronomie locale !!!

 

Si vous aviez quelques mots à dire aux lecteurs, pour qu’ils viennent vous rencontrer au Salon ?

Aux lecteurs qui ne seraient pas des aficionados du polar, j'aimerais pouvoir les convaincre que si c'est un genre romanesque, c'est également de la littérature au sens le plus noble. La qualité de l'écriture, le style de certains auteurs de polar n'ont rien à envier à ceux des plus grands écrivains.

 

Merci infiniment d’avoir répondu à la curiosité du Chat ! Je vous dis à très bientôt les 8 et 9 juillet au Creusot !

 

 


Ajouté le 06/06/2017 par Le Chat - INTERVIEW