
Bonjour Thierry,
Le Chat a envie de vous connaître un peu plus ! êtes-vous prête à affronter sa curiosité ?
- Pouvez-vous vous présenter ? Où êtes-vous né(e) ? Où avez-vous vécu ?
Est-ce que vous pouvez me parler de votre enfance ? (Les parents, les frères et sœurs…)
Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ? Y avait-il des livres, des journaux, des revues ? Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent(e) ? Quels sont les auteurs que vous aimiez ? Et maintenant ?
Et oui je veux tout savoir !
Je suis né dans un triste village picard dont mes parents étaient les instituteurs. Il y avait beaucoup de livres chez nous, sans compter ceux de la bibliothèque de l’école – qui était donc aussi celle de la maison, je me comprends… J’avais six ou sept ans quand une page du Combat Des Chefs, une aventure d’Astérix, m’a rendu fou. Un légionnaire romain planqué dans un arbre creux dialoguait avec un hibou, n’échangeant que des « hou ». Qu’on pût ainsi tenir une planche entière, y distiller tant d’émotions et une telle atmosphère au moyen d’une seule onomatopée m’a empli d’admiration. S’est déclenchée dans ma tête une sorte de machine à articuler des histoires. Mon sort était jeté.
2. En dehors de votre activité d’écrivain, est-ce que vous avez un travail en plus de celui-ci ? Quelle est votre profession ? Avez-vous eu d’autres activités professionnelles ?
Est-ce que l’emploi que vous occupez vous laisse du temps pour l’écriture ?
Á part les jobs initiatiques de tout p’tit gars qui se respecte (bûcheron, coursier, berger, marin, serveur, ouvrier, branleur…), je n’ai jamais exercé d’autre métier que celui d’écrivain et en ai toujours vécu.
3.Y a-t-il des moments précis où vous écrivez ? Écrivez-vous régulièrement ou pas vraiment ? Vous est-il déjà arrivé de rester longtemps sans écrire ? Si oui, pour quelle raison ? Trouvez-vous que vous manquez de temps pour écrire ? Où écrivez-vous ? Avez-vous un espace pour écrire ?
Dans quel état êtes-vous quand vous écrivez ?
J’écris tout le temps. Je rédige le plus souvent le matin, tôt. Quand j’ai un autre boulot sur les endosses que le bouquin en cours (nouvelle pour mon blog, article, scénario…), je me fends d’une autre séance de clavier en fin d’après-midi. Le reste du temps, je construis dans ma caboche ce que je vais écrire le lendemain. La plupart des gens me prennent pour un fainéant car, marchant dans la forêt, déambulant sur un trottoir ou accoudé au bar, j’ai pour eux l’air de ne rien faire. En réalité, je bosse plus qu’eux, mais, bon, on n’est pas là pour se vanter, hein ?
4.Pourriez-vous me raconter comment vous avez commencé à écrire ?
Qu’est-ce que vous avez commencé par écrire ? Quand ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Faisiez-vous lire ce que vous écriviez ? Si oui, à qui ? Quels étaient les avis que vous récoltiez ? Avez-vous été encouragé(e), découragé(e) ? Par qui ?
Je m’y suis mis sérieusement à quatorze ans quand le fric économisé de plusieurs Noël et anniversaires m’a permis d’acheter une machine à écrire (une Nogamatic, sous-marque d’Olympia, jaune citron, avec repeat spacer). Me considérant dès lors comme en apprentissage, je me lançais des défis. Par exemple : western, chapitre cinq ; et allez : « Bronco Bill poussa la double porte du saloon et gagna le comptoir en faisant claquer les talons de ses bottes sur le parquet mal équarri. – Whisky, commanda-t-il… » ; ou alors : cape-et-épée, chapitre dix ; et hop : « Ayant quitté la comtesse et dévalé l’escalier dérobé, le chevalier s’immobilisa devant la porte, hésitant à la pousser. – Si les gardes du cardinal ont laissé un homme de guet dans la rue, je suis cuit ! songeait-il… ». Après, je relisais des pages de Desperado ou bien mon Trois Mousquetaires et je chialais d’exaspération en me disant que je n’y arriverai jamais.
5. Combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où vous avez eu un manuscrit prêt et le moment où vous avez décidé de faire des démarches pour le publier ? Est-ce que quand vous l’écriviez, vous aviez déjà en tête l’idée de le publier ? Qu’est-ce qui vous a poussé à publier ? Est-ce que vous trouvez que c’est une étape importante ? Nécessaire ? Ou pas ?
Le problème ne s’est pas posé en ces termes. J’avais dix-huit ans, fui ma famille pour Paris et il ne s’agissait pas de faire l’artiste mais d’acheter un paquet de nouilles et même, soyons ambitieux, un peu de sauce tomate à verser dessus. Aussi ai-je fait de la nouvelle à l’eau de rose pour la presse du cœur, qui payait peu, et du roman-photo pornographique, qu’on me réglait cash. Á côté de ça, je filai des nouvelles d’anticipation à un fanzine punk créé par des copains, qui me dédommageaient en compliments. Et en tournées de bières, soyons justes.
6- Quand avez-vous publié votre premier livre ? Quel était le mode d’édition (éditeur et lequel, ou autoédition) ? Vous rappelez-vous votre sentiment lorsque votre premier livre a été publié ?
Là encore, ça ne s’est pas passé comme ça. Mes quarante, cinquante premiers bouquins étaient des ouvrages de commande. 1 : des numéros de la série Brigade Mondaine. 2 : des autobiographies de simili vedettes, des acteurs de second plan, un animateur de télé, un autre de radio. Ensuite, je suis devenu le secrétaire d’un écrivain à succès, Cizia Zykë, avec qui nous avons écrit dix-sept livres, aventures vécues puis fictions, au cours d’un multiple tour du monde qui a duré vingt ans et des brouettes. J’ai donc eu l’étrange privilège, pendant des années, de voir des volumes rédigés de mes petites mains à l’étalage, sur les rayons, achetés par des gens, chroniqués dans les médias, etc… Du coup, j’avais déjà trente ans et pas mal de pages derrière moi quand Régine Desforges, alors propriétaire des éditions Ramsay, a publié le premier roman signé de mon nom (et pendant longtemps le seul), Pigalle Blues. Et ça ne m’a fait ni chaud ni froid.
7. Qui a décidé de la présentation du livre sur les pages de couverture ?
Bonne question. Avec Cizia Zykë, nous nous sommes un jour lassés de lire au cul de nos ouvrages les textes maladroits, pompeux ou carrément à côté de la plaque rédigés par des grouillots de maisons d’édition. A partir de la publication au Livre de Poche du roman Fièvres, c'est-à-dire vers 1987, 88, nous nous sommes mis à écrire nos propres textes de présentation. Aujourd’hui, j’en propose deux ou trois à mon éditeur, Joël Maïssa, qui choisit celui qui lui sied le mieux.
8. Avez-vous participé à des concours littéraires ? Avez-vous reçu des prix ? Comment la participation se déroulait-elle ?
À partir du moment où vous avez publié votre premier ouvrage, vous a-t-il été plus facile de publier ensuite ?
Non. La soi-disant grande édition est un business, les gens qui y oeuvrent des commerçants. Leur relation aux écrivains est un rapport de pouvoir dans lequel ils se considèrent comme les patrons et l’auteur un employé. Autrement dit, si vous vous soumettez, on vous facilite un peu la vie. Si vous refusez la sujétion, on ne vous fait aucun cadeau. C’est d’ailleurs pourquoi je vois avec une immense joie le déploiement actuel, porté par le net, les blogs et les boutiques en ligne, de petits éditeurs indépendants et d’auteur en auto-édition. Il règne dans ce fourmillement une authentique passion de la chose écrite, une créativité bouillonnante, une liberté d’écrire qui sont les ingrédients d’un réel renouveau de la littérature populaire. Amen.
Après mon retour définitif en France, en 2006, j’ai participé à des concours de nouvelles. Les gagnant toujours, j’ai compris que cette activité servait surtout à encourager des auteurs débutants ou amateurs et que, par conséquent, je boxais bien en dessous de ma catégorie. Considérant que c’était injuste pour les autres concurrents, j’ai totalement arrêté.
9. Avez-vous fait l’expérience de l’auto-édition ?
Je n’ai jamais été en auto-édition.
10. Où peut-on trouver vos livres ? Vos livres se trouvent-ils en librairie et savez-vous lesquelles ? À combien d’exemplaires vos livres ont-ils été tirés ? Certains ont-ils été réédités ?
Les livres des éditions Taurnada sont disponibles partout où l’on fait commerce de bouquins, librairies, magasins culturels et sites de vente en ligne. Le genre « Aventure » est tombé en désuétude, largement en retrait par rapport au polar, la fantasy et l’épouvante. Vous le savez bien, aux Rencontres Du Creusot, vous qui ne mentionnez pas l’Aventure dans votre intitulé. Depuis deux ans, pour Joël Maïssa et moi, c’est un défi que de redonner une audience digne de ce nom au roman d’Aventure – c’est d’ailleurs ce qui rend cette action si passionnante. Disons donc que les tirages sont à ce jour encore modestes, mais en progression constante.
11. Pouvez-vous me parler en quelques mots de vos livres ? Est-ce qu’ils sont d’un genre particulier ? Pouvez-vous dire quelques mots du thème ou de l’histoire ? Des personnages ? Est-ce que ça se passe à une époque et dans un lieu particulier ?
Mes bouquins sont des romans d’Aventure où sont contées les pérégrinations d’un héros nommé Haig à travers les bas-fonds du monde. Jungles, déserts, océans, steppes et banquises. Contrebandes, trésors cachés, violences, amours, bandits féroces et belles aventurières… Trois volumes sont à ce jour parus, Le Secret Des Monts Rouges, Les Guerriers Perdus, Le Sang Des Sirènes. Je termine d’écrire le quatrième, L’Île Coupée Du Monde, tout en posant les bases du cinquième, Mort-Sur-Loue. Par ailleurs, je publie en octobre prochain, toujours avec mon bon Joël Maïssa des éditions Taurnada, un roman autobiographique, Zykë-L’Aventure dont le titre, je pense, dit assez ce dont il s’agit.
12. Est-ce que vous avez écrit ce livre pour une occasion particulière ou pour témoigner de quelque chose en particulier ?
Devrais-je absolument faire témoignage de mes petits traits d’encre, je dirais que l’Aventure fait courir à travers le crâne de ses lecteurs un souffle d’authentique liberté ô combien positif dans un monde occidental de plus en plus normé sous ses déguisements fun, régulé, inhibiteur et décourageant. L’aventure est la roulotte de gitans garée au cœur d’un village trop ordonné, le braillement d’un blasphème au-dessus des chuchotis gourmés d’une église, le sifflement joyeux d’un beau gars au passage d’une demoiselle exagérément timide. C’est dire !
13. vous serez présent au Rencontres Littéraires « Les Polars du Chat » le 8 et 9 juillet au Creusot, Pouvez-vous me dire ce que vous attendez de ces rencontres ?
Je ne peux pas dire ce que j’en entends. Mais ce que j’en attends, si. Comme je l’ai dit plus haut, je crois qu’une nouvelle littérature populaire est en train de naître, qui échappe totalement aux grands groupes d’édition, et n’est certainement pas reçue dans les salons institutionnels. Disons « les littératures indépendantes », comme on dit « les musiques indé ». C’est le genre de rencontres que propose Les Polars Du Chat comme quelques autres petits festivals ici ou là qui me semblent destinés à en être les relais. Et puis, de vous à moi, quel plaisir de pouvoir se livrer à notre passion commune, les bouquins qui dépotent, entre amis, en toute convivialité, dans la proverbiale joie et la non moins proverbiale bonne humeur. Allez, patron, remettez-nous ça !
Merci infiniment d’avoir répondu à la curiosité du Chat Thierry ! Le Chat se « poile » à vous lire ! Merci pour votre générosité et votre sincérité !
Je vous dis à très bientôt les 8 et 9 juillet au Creusot ! Une tournée patron !!!
Ajouté le 09/06/2017 par Le Chat - INTERVIEW

